Du latin circumcisio (découper autour), la circoncision
consiste en l'ablation totale ou partielle du prépuce, qui
laisse le gland du pénis à découvert. Elle est pratiquée depuis la préhistoire. On
estime qu'elle concerne aujourd'hui entre un quart et un cinquième de la
population masculine mondiale. Elle est essentiellement pratiquée pour des
motifs culturels et religieux, mais aussi thérapeutiques
et prophylactiques :
La circoncision, qui constitue une atteinte à
l'intégrité du corps, le plus souvent pratiquée sur des enfants, sans leur
consentement et en l'absence d'une nécessité objective comme un motif médical
sérieux et effectif, suscite chez certaines personnes des objections d'ordre
moral. Principalement aux États-Unis, des groupes opposés à sa pratique sur les
mineurs militent pour qu'elle soit règlementée au même titre que les mutilations sexuelles féminines.
Lorsque le pénis intact est à l’état de
flaccidité, ses principales zones
érogènes que constituent le gland et la face interne du prépuce sont
protégées des frottements externes et du dessèchement, ce qui évite leur
stimulation en dehors des activités sexuelles, préserve leur sensibilité et les
maintient dans leur état naturel de muqueuses. La
circoncision, en supprimant cette protection naturelle, provoque une kératinisation
de l’épithélium du gland et une diminution de sa sensibilité.
Lorsque se produit une érection
du pénis intact, le prépuce déplié fournit une réserve de peau qui compense
l’allongement du sexe masculin tout en lui permettant de conserver un manchon
mobile qui facilite les mouvements de va-et-vient liés à l’activité
sexuelle : en transformant les mouvements relatifs de translation entre le
pénis et le corps qui l'entoure en enroulements et déroulements des muqueuses
du prépuce sur la tête du pénis, ce manchon mobile limite les frottements et
l’abrasion. La circoncision supprime plus ou moins cette réserve suivant la
quantité de peau excisée, ce qui peut conduire, dans les cas extrêmes, à une
tension excessive de la peau provoquant des douleurs lors des érections.
Le prépuce possède enfin un important réseau de terminaisons nerveuses spécialisées dans
la sensation du toucher :
bande striée de l'anneau préputial, muqueuse interne du prépuce, qui
interviennent probablement en tant que protagonistes dans les sensations de plaisir liées aux
activités sexuelles. Certains hommes se font d'ailleurs circoncire afin de
réduire la sensibilité de leur pénis, pour “tenir” plus longtemps lors des
rapports sexuels. Il faut à ce propos signaler que cet effet apparemment
bénéfique de la circoncision sur l'éjaculation précoce ne permet pas de réduire
statistiquement l'existence de ce trouble chez les circoncis car la perte de
sensibilité induirait aussi une perte d'information quant à l'imminence de
l'éjaculation, ce qui globalement nuirait au contrôle cérébral sur le rapport.
Ces observations montrent que le prépuce assure
dans l’anatomie du pénis diverses fonctions, protectrice, mécanique et
sensorielle qui peuvent être altérées, voire supprimées, par la circoncision.
On ne peut parler de castration au sens propre, car la capacité d'avoir des
érections et la fécondité de l'individu ne sont pas affectées, mais la
circoncision est susceptible d'altérer plus ou moins gravement le plaisir
sexuel et le confort dans la vie quotidienne.
▼ Pénis circoncis et intact
▼
La pratique de la circoncision remonte aux
premières traces laissées par l'Homme. Des représentation de cette opération
chirurgicale ont été retrouvées sur des dessins
rupestres datant du Néolithique, ainsi que sur des hiéroglyphes
de tombeaux égyptiens[1].
Scène de circoncision
gravée dans le mur interne du temple de Khonspekhrod, à Mut, Louxor. Aménophis
III , XVIIIe dynastie, vers 1360 av. J.
C.
La circoncision est mentionnée au Ve siècle av. J.-C. par Hérodote,
qui l’évoque dans le second livre de ses Histoires et en attribue la
paternité aux Égyptiens. Cette paternité est confirmée par de
nombreux vestiges archéologiques, le plus ancien étant une gravure du tombeau
d’Ankhmahor (6ème dynastie, entre -2300 et -2200), à Saqqarah, qui
représente une circoncision pratiquée avec un silex sur un homme
debout.
Hérodote
explique la circoncision par une prescription hygiénique. On a dit aussi
qu'elle accroissait la vigueur sexuelle et la jouissance du mâle. Inversement,
le philosophe Philon d'Alexandrie voyait dans la circoncision
une renonciation symbolique aux péchés de la chair. Une autre interprétation
religieuse fait de ce rite une forme édulcorée de sacrifice : plutôt que
d’offrir son corps entier à la divinité qui lui a donné la vie, l’homme lui
fait présent d’une petite partie de sa chair.
L’interprétation la plus fréquente, dans les
civilisations où la circoncision a lieu à la préadolescence, considère la
circoncision comme un rite
initiatique permettant à l’enfant de devenir adulte.
Une autre interprétation doit être trouvée dans
les civilisations voulant que l’opération ait lieu immédiatement après la
naissance. La Bible
a-t-elle simplement cherché là un moyen de perpétuer un rite païen
antérieur ? Plus fondamentalement, l'histoire d'Abraham, de Sarah et d'Isaac, ou Ismaël pour
les musulmans, fonde la filiation légitime, reconnue par la société dès
la naissance, et indépendante des liens biologiques et conjugaux, qui sont
problématiques.
Le rite de la circoncision, à l'instar des
interdictions alimentaires et des prescriptions vestimentaires ont pu être des
moyens de marquer les communautés religieuses par des signes distinctifs
ostensibles [2].
Circoncision de Jésus sur le retable des Douze Apôtres de Friedrich
Herlin de Nördlingen, 1466.Rothenburg ob der Tauber
La religion juive pratique la circoncision le
huitième jour de la naissance, sauf avis médical contraire. C’est au père qu’il
incombe de préparer la cérémonie, qui doit se dérouler tôt le matin. La
circoncision s’appelle en hébreu milah (coupure), mais l’expression
complète est Brith milah, Brit signifiant Alliance. En
effet, cette circoncision rappelle l’alliance promise par Dieu à Abraham et après
lui à tout le peuple d'Israël. L’Ancien
Testament fait d’Abraham et de sa famille les premiers circoncis ;
lorsque Dieu
apparaît à Abraham, il lui indique ainsi les termes de son alliance avec le
peuple juif (Genèse,
XVII:10-12) :
« Et
voici mon alliance qui sera observée entre moi et vous, et ta postérité après
toi : que tous vos mâles soient circoncis.
Vous
ferez circoncire la chair de votre prépuce, et ce sera le signe de l’alliance
entre moi et vous.
Quand
ils auront huit jours, tous vos mâles seront circoncis, de génération en
génération.»
Alors âgé de 99 ans, Abraham se circoncit, impose
l’opération à son premier fils Ismaël qui a
13 ans, ainsi qu’à tous les hommes et enfants mâles de sa maison. Il répète
ensuite l’opération sur le petit Isaac, âgé de 8 jours. Ces différences d'ages entre les deux
enfants d'Abraham lors de la circoncision expliquent les différences observées
aujourd'hui entre les traditions musulmanes et juives.
Quand
Cette tentative provoqua la guerre des Macchabées
et l'avènement de la dynastie hellénisée des Hasmonéens.
Aux États-Unis, pays où la circoncision est
extrêmement courante y compris hors de toute connotation religieuse, un
mouvement minoritaire de juifs opposés à la circoncision (Jews against
circumcision) préconise l'abandon de cette pratique; En fait, la
circoncision est une des coutumes les plus vivaces du peuple juif, bien devant
le respect du Chabbat
ou de la nourriture cachère, ce que décrit Spinoza
lorsqu'il écrit : "Le signe de la circoncision me paraît d'une telle
conséquence que je le crois capable d'être à lui tout seul le principe de la
conservation du peuple juif " (Traité théologico-politique, 1670)
Circoncision de Jésus, cathédrale de Chartres
Saint
Paul est réputé (doctrinalement) être à l’origine de l’abandon de la
circoncision, contre l’avis des judéo-chrétiens. L'Église catholique romaine
n'a jamais nié
fut même une relique vénérée.
Dans le Nouveau
Testament, un seul des quatre évangélistes évoque de façon claire la
circoncision du Christ.
Il s’agit de Luc (II:21) :
« Et
lorsque furent accomplis les huit jours pour sa circoncision, il fut appelé du
nom de Jésus, nom indiqué par l’ange avant sa conception. »
En revanche, dans les Épîtres de Saint
Paul, la circoncision n’apparaît pas nécessaire ; seule est nécessaire
la "circoncision du cœur" (Romains 2, 28-29, adapté de Deutéronome
10, 16-17 et 30, 6). ou encore :
« La
circoncision n’est rien, et l’incirconcision n’est rien; ce qui compte, c’est
de garder les commandements de Dieu. » (Corinthiens, VII:19).. Le débat se
trouva alors clos dans la primauté des pratiques du culte chrétien, car il n'y
a plus «ni juifs, ni paiens», mais un seul corps dans le Christ Jésus.
Un pays à majorité catholique, les Philippines,
présente un taux de circoncision assez proche de 100 %, il semble que
cette pratique culturelle remonte à des origines pré-hispaniques et ait été
encouragée par la colonisation américaine (1898-1946), ces derniers mettant en
avant le côté hygiénique. La méthode traditionnelle employée est plutôt une superincision
sans ablation du prépuce qui se rétracte de lui même. Une très forte pression
culturelle (stigmatisation des non-circoncis) explique la quasi-universalité de
la pratique encore de nos jours. (Les Philippines sont peuplées principalement
par des ethnies malaises)
En Polynésie française, un pays d'outre-mer à
majorité chrétienne (mais où la répartition des confessions est de type
"américain"), la superincision ou supercision est également
généralisée dans les tous les milieux à dominante autochtone, pratiquants ou
non. Elle y est considérée comme le pilier de l'identité masculine autochtone
et l'état de non-circoncision fournit, pour les hommes, les premières insultes
contre les éléments allochtones (ce qui revient à la très forte pression
culturelle évoquée ci-dessus)…
La circoncision rituelle est très répandue dans
toutes les îles du triangle polynésien, de Tahiti à Samoa en passant par les
îles Tuvalu, Tonga, Tokelau, Cook, Marquises, Niue, Wallis et Futuna. La
circoncision est une coutume ancestrale qui existait déjà avant l'arrivée des
missionnaires européens. Elle se perpétue encore comme un rite qui garantit
l'appartenance à la communauté polynésienne et de surcroît à l'identité
masculine polynésienne. Elle se pratique entre 12 et 16 ans généralement et
elle est célébrée par toute la famille comme étant le passage de l'enfance à
l'âge adulte. Aujourd'hui, il s'agit d'une opération pratiquée dans les
hôpitaux, notamment dans les communautés polynésiennes installées en
Nouvelle-Zélande, en Nouvelle-Calédonie, à Hawaii, en Europe et aux États-Unis.
Tous les Polynésiens la pratiquent, à l'exception des Maoris de
Nouvelle-Zélande, qui ont abandonné ce rite d'initiation ancestral, quelques
générations après leur arrivée sur cet archipel situé en dehors de
Köçeks festoyants
Fête de 14 jours à l'occasion de la circoncision des trois fils du sultan Ahmed III
(1720). Miniature tirée du Surname-i Vehbi, Topkapi, Istanbul.
Pratiquée par tous les musulmans, soit plus d'un
milliard de personnes, donc sur une population de plus de 500 millons d'hommes,
la circoncision n’est pas préconisée par le Coran et semble
correspondre à la survivance de rites préislamiques.
Elle est mentionnée dans plusieurs hadiths (appelée khitân).
Par exemple, le hadith 4:575 de Abu Huraira
« L'envoyé de Dieu a dit, "Abraham se circoncit
lui-même à l'âge de 80 ans à l'aide d'une herminette." ».
Ailleurs, le prophète de l'islam déclare aux nouveaux convertis « "Débarrassez vous des cheveux longs des païens et
soyez circoncis." »[3]
Les oulémas se
divisent en deux opinions au sujet de la circoncision : obligation ou
forte recommandation. En Iran, elle a lieu le plus souvent le jour même de la naissance.
Ailleurs, l’âge où l’enfant est circoncis est très variable, même si le plus
souvent sept ans est considéré comme le meilleur âge. L’important est que
l’opération ait lieu avant la puberté et les premiers signes d'éveils sexuels.
Les pays asiatiques de tradition bouddhique,
confucéenne, shintoïste, etc., ne connaissent pratiquement pas la circoncision
en dehors des cas médicaux. Seule
Ainsi vers 1970, seulement 5% des
conscrits du service militaire étaient circoncis alors qu’en 2000, c’est 80% des
conscrits qui l’étaient. Au début effectuée à tous âges, l’opération a tendance
maintenant à devenir néo-natale. On se retrouve ainsi dans une situation proche
de celle des États-Unis des années
1960.
En Afrique noire, la circoncision est rencontrée.
Elle est également pratiquée par plusieurs peuples polynésiens et par certains
aborigènes australiens.
Les Lobis forment la seule ethnie du Burkina Faso
(Afrique de l'ouest) qui ne pratique pas la circoncision. Indépendamment de la
religion, chrétiens, musulmans, animistes et agnostiques des autres ethnies la
pratiquent.
Aucun rituel impliquant une modification du corps
sans explication rationnelle n'est autorisé dans le sikhisme, en application de
l'importante recommandation de "l'acceptation du corps merveilleux donné
par
Le phimosis est l'incapacité de rétractation du prépuce
derrière le gland. La paraphimosis
est l'état où le prépuce est bloqué derrière le gland et ne peut
pas revenir à sa position normale à l'état de flaccidité. Ces deux cas sont dus
à un anneau prépucial trop petit. Dans ces deux cas, la circoncision est
appliquée dans la majorité des cas. Notons qu'il existe des alternatives non
chirurgicales au traitement de cette condition.