Circoncision
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Du latin circumcisio (découper autour), la circoncision
consiste en l'ablation totale ou partielle du prépuce, qui
laisse le gland du pénis à découvert. Elle est pratiquée depuis la préhistoire. On
estime qu'elle concerne aujourd'hui entre un quart et un cinquième de la
population masculine mondiale. Elle est essentiellement pratiquée pour des
motifs culturels et religieux, mais aussi thérapeutiques
et prophylactiques :
- Dans le judaïsme, la circoncision au huitième jour du nouveau-né
mâle, en présence de dix hommes adultes (miniane) est
un rite fondateur, la
Brit
milah
- Dans l'islam,
elle est pratiquée sur les nouveaux-nés et enfants mâles
âgés de sept jours à environ treize ans et est appelée khitan en arabe littéral et touhour ou tahara
(purification) en arabe dialectal.
- La circoncision se pratique aussi dans certaines communautés chrétiennes
comme les coptes
(en Egypte), aux Philippines ou en Afrique.
- Aux États-Unis principalement, la circoncision est utilisée à des fins
controversées d’hygiène préventive ; elle concerne encore plus de 50%
des nouveaux-nés.
- Enfin, médicalement, la circoncision est le principal
traitement du phimosis, affection de l'adulte, avec laquelle est
encore souvent confondue l'impossibilité physiologique de rétracter le
prépuce de l'enfant. En médecine on parle aussi bien de circoncision que
de posthectomie.
La circoncision, qui constitue une atteinte à
l'intégrité du corps, le plus souvent pratiquée sur des enfants, sans leur
consentement et en l'absence d'une nécessité objective comme un motif médical
sérieux et effectif, suscite chez certaines personnes des objections d'ordre
moral. Principalement aux États-Unis, des groupes opposés à sa pratique sur les
mineurs militent pour qu'elle soit règlementée au même titre que les mutilations sexuelles féminines.
Conséquences physiques de la circoncision [modifier]
Lorsque le pénis intact est à l’état de
flaccidité, ses principales zones
érogènes que constituent le gland et la face interne du prépuce sont
protégées des frottements externes et du dessèchement, ce qui évite leur
stimulation en dehors des activités sexuelles, préserve leur sensibilité et les
maintient dans leur état naturel de muqueuses. La
circoncision, en supprimant cette protection naturelle, provoque une kératinisation
de l’épithélium du gland et une diminution de sa sensibilité.
Lorsque se produit une érection
du pénis intact, le prépuce déplié fournit une réserve de peau qui compense
l’allongement du sexe masculin tout en lui permettant de conserver un manchon
mobile qui facilite les mouvements de va-et-vient liés à l’activité
sexuelle : en transformant les mouvements relatifs de translation entre le
pénis et le corps qui l'entoure en enroulements et déroulements des muqueuses
du prépuce sur la tête du pénis, ce manchon mobile limite les frottements et
l’abrasion. La circoncision supprime plus ou moins cette réserve suivant la
quantité de peau excisée, ce qui peut conduire, dans les cas extrêmes, à une
tension excessive de la peau provoquant des douleurs lors des érections.
Le prépuce possède enfin un important réseau de terminaisons nerveuses spécialisées dans
la sensation du toucher :
bande striée de l'anneau préputial, muqueuse interne du prépuce, qui
interviennent probablement en tant que protagonistes dans les sensations de plaisir liées aux
activités sexuelles. Certains hommes se font d'ailleurs circoncire afin de
réduire la sensibilité de leur pénis, pour “tenir” plus longtemps lors des
rapports sexuels. Il faut à ce propos signaler que cet effet apparemment
bénéfique de la circoncision sur l'éjaculation précoce ne permet pas de réduire
statistiquement l'existence de ce trouble chez les circoncis car la perte de
sensibilité induirait aussi une perte d'information quant à l'imminence de
l'éjaculation, ce qui globalement nuirait au contrôle cérébral sur le rapport.
Ces observations montrent que le prépuce assure
dans l’anatomie du pénis diverses fonctions, protectrice, mécanique et
sensorielle qui peuvent être altérées, voire supprimées, par la circoncision.
On ne peut parler de castration au sens propre, car la capacité d'avoir des
érections et la fécondité de l'individu ne sont pas affectées, mais la
circoncision est susceptible d'altérer plus ou moins gravement le plaisir
sexuel et le confort dans la vie quotidienne.
[ Dérouler ]
▼ Pénis circoncis et intact
▼


Pénis circoncis vu de trois-quarts


pénis intact. Le gland est recouvert de son prépuce
Pratique
rituelle [modifier]
La pratique de la circoncision remonte aux
premières traces laissées par l'Homme. Des représentation de cette opération
chirurgicale ont été retrouvées sur des dessins
rupestres datant du Néolithique, ainsi que sur des hiéroglyphes
de tombeaux égyptiens[1].


Scène de circoncision
gravée dans le mur interne du temple de Khonspekhrod, à Mut, Louxor. Aménophis
III , XVIIIe dynastie, vers 1360 av. J.
C.

La circoncision est mentionnée au Ve siècle av. J.-C. par Hérodote,
qui l’évoque dans le second livre de ses Histoires et en attribue la
paternité aux Égyptiens. Cette paternité est confirmée par de
nombreux vestiges archéologiques, le plus ancien étant une gravure du tombeau
d’Ankhmahor (6ème dynastie, entre -2300 et -2200), à Saqqarah, qui
représente une circoncision pratiquée avec un silex sur un homme
debout.
Hérodote
explique la circoncision par une prescription hygiénique. On a dit aussi
qu'elle accroissait la vigueur sexuelle et la jouissance du mâle. Inversement,
le philosophe Philon d'Alexandrie voyait dans la circoncision
une renonciation symbolique aux péchés de la chair. Une autre interprétation
religieuse fait de ce rite une forme édulcorée de sacrifice : plutôt que
d’offrir son corps entier à la divinité qui lui a donné la vie, l’homme lui
fait présent d’une petite partie de sa chair.
L’interprétation la plus fréquente, dans les
civilisations où la circoncision a lieu à la préadolescence, considère la
circoncision comme un rite
initiatique permettant à l’enfant de devenir adulte.
Une autre interprétation doit être trouvée dans
les civilisations voulant que l’opération ait lieu immédiatement après la
naissance. La Bible
a-t-elle simplement cherché là un moyen de perpétuer un rite païen
antérieur ? Plus fondamentalement, l'histoire d'Abraham, de Sarah et d'Isaac, ou Ismaël pour
les musulmans, fonde la filiation légitime, reconnue par la société dès
la naissance, et indépendante des liens biologiques et conjugaux, qui sont
problématiques.
Le rite de la circoncision, à l'instar des
interdictions alimentaires et des prescriptions vestimentaires ont pu être des
moyens de marquer les communautés religieuses par des signes distinctifs
ostensibles [2].


Circoncision de Jésus sur le retable des Douze Apôtres de Friedrich
Herlin de Nördlingen, 1466.Rothenburg ob der Tauber
La religion juive pratique la circoncision le
huitième jour de la naissance, sauf avis médical contraire. C’est au père qu’il
incombe de préparer la cérémonie, qui doit se dérouler tôt le matin. La
circoncision s’appelle en hébreu milah (coupure), mais l’expression
complète est Brith milah, Brit signifiant Alliance. En
effet, cette circoncision rappelle l’alliance promise par Dieu à Abraham et après
lui à tout le peuple d'Israël. L’Ancien
Testament fait d’Abraham et de sa famille les premiers circoncis ;
lorsque Dieu
apparaît à Abraham, il lui indique ainsi les termes de son alliance avec le
peuple juif (Genèse,
XVII:10-12) :
« Et
voici mon alliance qui sera observée entre moi et vous, et ta postérité après
toi : que tous vos mâles soient circoncis.
Vous
ferez circoncire la chair de votre prépuce, et ce sera le signe de l’alliance
entre moi et vous.
Quand
ils auront huit jours, tous vos mâles seront circoncis, de génération en
génération.»
Alors âgé de 99 ans, Abraham se circoncit, impose
l’opération à son premier fils Ismaël qui a
13 ans, ainsi qu’à tous les hommes et enfants mâles de sa maison. Il répète
ensuite l’opération sur le petit Isaac, âgé de 8 jours. Ces différences d'ages entre les deux
enfants d'Abraham lors de la circoncision expliquent les différences observées
aujourd'hui entre les traditions musulmanes et juives.
Quand la
Judée fut soumise aux successeurs d'Alexandre le Grand, la circoncision fut contestée
par les Juifs hellénisés. La querelle tourna à l'affrontement quand le roi Antiochos
IV Épiphane voulut soumettre la population à une hellénisation forcée
impliquant :
- l’éphébie (préparation militaire supposant la gymnastique
nu à la palestre).
- l’abandon de la circoncision dont les Grecs faisaient honte aux
juifs ; on créa donc une opération de restauration du prépuce ; elle
était d'autant plus difficile que le seul antiseptique et antidouleur
connu était la feuille de saule qui favorise l'hémorragie.
- l’adoption de la langue grecque
au détriment de l’araméen
Cette tentative provoqua la guerre des Macchabées
et l'avènement de la dynastie hellénisée des Hasmonéens.
Aux États-Unis, pays où la circoncision est
extrêmement courante y compris hors de toute connotation religieuse, un
mouvement minoritaire de juifs opposés à la circoncision (Jews against
circumcision) préconise l'abandon de cette pratique; En fait, la
circoncision est une des coutumes les plus vivaces du peuple juif, bien devant
le respect du Chabbat
ou de la nourriture cachère, ce que décrit Spinoza
lorsqu'il écrit : "Le signe de la circoncision me paraît d'une telle
conséquence que je le crois capable d'être à lui tout seul le principe de la
conservation du peuple juif " (Traité théologico-politique, 1670)


Circoncision de Jésus, cathédrale de Chartres
Saint
Paul est réputé (doctrinalement) être à l’origine de l’abandon de la
circoncision, contre l’avis des judéo-chrétiens. L'Église catholique romaine
n'a jamais nié la
Circoncision de Jésus, célébrée chaque année le 1er janvier,
date du début de l'an 1
(alors que Jésus-Christ est symboliquement né un 25
décembre), et ce, jusqu'en 1970. Le Saint-Prépuce
fut même une relique vénérée.
Dans le Nouveau
Testament, un seul des quatre évangélistes évoque de façon claire la
circoncision du Christ.
Il s’agit de Luc (II:21) :
« Et
lorsque furent accomplis les huit jours pour sa circoncision, il fut appelé du
nom de Jésus, nom indiqué par l’ange avant sa conception. »
En revanche, dans les Épîtres de Saint
Paul, la circoncision n’apparaît pas nécessaire ; seule est nécessaire
la "circoncision du cœur" (Romains 2, 28-29, adapté de Deutéronome
10, 16-17 et 30, 6). ou encore :
« La
circoncision n’est rien, et l’incirconcision n’est rien; ce qui compte, c’est
de garder les commandements de Dieu. » (Corinthiens, VII:19).. Le débat se
trouva alors clos dans la primauté des pratiques du culte chrétien, car il n'y
a plus «ni juifs, ni paiens», mais un seul corps dans le Christ Jésus.
La Circoncision est encore pratiquée par les Églises coptes d’Égypte et d’Éthiopie. À
titre d’anecdote, on ajoutera qu’en Angleterre la reine Victoria, estimant que la famille
royale descendait de David, fit circoncire ses enfants, notamment le futur roi Édouard VII. La coutume s’est perpétuée
par la suite, mais la princesse Diana a refusé que ses deux garçons soient
circoncis.
Un pays à majorité catholique, les Philippines,
présente un taux de circoncision assez proche de 100 %, il semble que
cette pratique culturelle remonte à des origines pré-hispaniques et ait été
encouragée par la colonisation américaine (1898-1946), ces derniers mettant en
avant le côté hygiénique. La méthode traditionnelle employée est plutôt une superincision
sans ablation du prépuce qui se rétracte de lui même. Une très forte pression
culturelle (stigmatisation des non-circoncis) explique la quasi-universalité de
la pratique encore de nos jours. (Les Philippines sont peuplées principalement
par des ethnies malaises)
En Polynésie française, un pays d'outre-mer à
majorité chrétienne (mais où la répartition des confessions est de type
"américain"), la superincision ou supercision est également
généralisée dans les tous les milieux à dominante autochtone, pratiquants ou
non. Elle y est considérée comme le pilier de l'identité masculine autochtone
et l'état de non-circoncision fournit, pour les hommes, les premières insultes
contre les éléments allochtones (ce qui revient à la très forte pression
culturelle évoquée ci-dessus)…
La circoncision rituelle est très répandue dans
toutes les îles du triangle polynésien, de Tahiti à Samoa en passant par les
îles Tuvalu, Tonga, Tokelau, Cook, Marquises, Niue, Wallis et Futuna. La
circoncision est une coutume ancestrale qui existait déjà avant l'arrivée des
missionnaires européens. Elle se perpétue encore comme un rite qui garantit
l'appartenance à la communauté polynésienne et de surcroît à l'identité
masculine polynésienne. Elle se pratique entre 12 et 16 ans généralement et
elle est célébrée par toute la famille comme étant le passage de l'enfance à
l'âge adulte. Aujourd'hui, il s'agit d'une opération pratiquée dans les
hôpitaux, notamment dans les communautés polynésiennes installées en
Nouvelle-Zélande, en Nouvelle-Calédonie, à Hawaii, en Europe et aux États-Unis.
Tous les Polynésiens la pratiquent, à l'exception des Maoris de
Nouvelle-Zélande, qui ont abandonné ce rite d'initiation ancestral, quelques
générations après leur arrivée sur cet archipel situé en dehors de la
Polynésie tropicale. Si la plupart des jeunes polynésiens se
rendent désormais à l'hôpital pour se faire circoncire (généralement sous
anesthésie locale ou générale), il existe encore des pratiques de circoncision
"artisanale" dans certaines familles. Le prépuce est coupé avec une
lame de rasoir ou encore un morceau de bambou taillé. La cérémonie se fait à
l'aube sur une plage, le plus souvent durant les vacances scolaires de décembre
à février. Un groupe d'adolescents se font accompagner par leurs oncles
maternels et les anciens du village. Après que le maître de circoncision ait procédé
à l'opération, les jeunes doivent se rendre immédiatement dans l'eau de mer
pour se soigner. Les risques d'hémorragies et d'infections sont limités mais
existants. Pendant les deux ou trois semaines qui suivent, ce groupe de jeunes
hommes se rendent chaque jour en fin de journée dans la mer pour un bain
thérapeutique. La mer est censée soigner la plaie. Ils sont souvent l'objet de
plaisanteries de la part des adultes et des jeunes filles qui les croisent en
chemin ou sur la plage. Une fois guéris et fêtés dans leurs familles
respectives, ces adolescents reçoivent plus de considération et sont admis dans
les cercles des jeunes hommes à marier. Ils peuvent, à partir de leur
circoncision, avoir leurs premières aventures.


Köçeks festoyants
Fête de 14 jours à l'occasion de la circoncision des trois fils du sultan Ahmed III
(1720). Miniature tirée du Surname-i Vehbi, Topkapi, Istanbul.
Pratiquée par tous les musulmans, soit plus d'un
milliard de personnes, donc sur une population de plus de 500 millons d'hommes,
la circoncision n’est pas préconisée par le Coran et semble
correspondre à la survivance de rites préislamiques.
Elle est mentionnée dans plusieurs hadiths (appelée khitân).
Par exemple, le hadith 4:575 de Abu Huraira
« L'envoyé de Dieu a dit, "Abraham se circoncit
lui-même à l'âge de 80 ans à l'aide d'une herminette." ».
Ailleurs, le prophète de l'islam déclare aux nouveaux convertis « "Débarrassez vous des cheveux longs des païens et
soyez circoncis." »[3]
Les oulémas se
divisent en deux opinions au sujet de la circoncision : obligation ou
forte recommandation. En Iran, elle a lieu le plus souvent le jour même de la naissance.
Ailleurs, l’âge où l’enfant est circoncis est très variable, même si le plus
souvent sept ans est considéré comme le meilleur âge. L’important est que
l’opération ait lieu avant la puberté et les premiers signes d'éveils sexuels.
Les pays asiatiques de tradition bouddhique,
confucéenne, shintoïste, etc., ne connaissent pratiquement pas la circoncision
en dehors des cas médicaux. Seule la
Corée
du Sud fait exception à cette règle. Dans ce pays, elle était inconnue
avant 1950. C’est
l’influence américaine présente à cause de la guerre
de Corée qui en assura la promotion arguant de bienfaits médicaux non
démontrés, par la suite des campagnes de presse vantant le gain en performance
sexuelle, sans doute répandues sur un terreau culturel particulièrement
réceptif, relayèrent ces arguments et permirent l'émergence d'une mode
socialement valorisante.
Ainsi vers 1970, seulement 5% des
conscrits du service militaire étaient circoncis alors qu’en 2000, c’est 80% des
conscrits qui l’étaient. Au début effectuée à tous âges, l’opération a tendance
maintenant à devenir néo-natale. On se retrouve ainsi dans une situation proche
de celle des États-Unis des années
1960.
En Afrique noire, la circoncision est rencontrée.
Elle est également pratiquée par plusieurs peuples polynésiens et par certains
aborigènes australiens.
Les Lobis forment la seule ethnie du Burkina Faso
(Afrique de l'ouest) qui ne pratique pas la circoncision. Indépendamment de la
religion, chrétiens, musulmans, animistes et agnostiques des autres ethnies la
pratiquent.
Aucun rituel impliquant une modification du corps
sans explication rationnelle n'est autorisé dans le sikhisme, en application de
l'importante recommandation de "l'acceptation du corps merveilleux donné
par la Nature".
Par conséquent, aucun Sikh n'est circoncis.
Circoncision
médicale [modifier]
Le phimosis est l'incapacité de rétractation du prépuce
derrière le gland. La paraphimosis
est l'état où le prépuce est bloqué derrière le gland et ne peut
pas revenir à sa position normale à l'état de flaccidité. Ces deux cas sont dus
à un anneau prépucial trop petit. Dans ces deux cas, la circoncision est
appliquée dans la majorité des cas. Notons qu'il existe des alternatives non
chirurgicales au traitement de cette condition.
La non rétractabilité du prépuce et l'adhésion du gland au
prépuce sont des conditions fréquemment observées chez l'enfant. L'âge auquel
le phimosis devient problématique est sujet à caution et son évaluation est à
la discrétion du médecin. Certaines études parlent d'une normalité jusqu'à
l'âge de 5 ans, d'autres estiment la limite à 10 ans [4], d'autres encore la
placent à l'âge des premières relations sexuelles[5]. De fait, le phimosis physiologique se présente
lorsque, lors de l'érection, l'enfant éprouve une douleur à cause de
l'étroitesse de son prépuce. Seuls 1% des garçons de 14 ans ne pourraient pas
rétracter leur prépuce [6]. À cause de cette
variabilité, l'utilisation de la circoncision dans ces cas fait aussi débat.
Des phimosis seraient incorrectement diagnostiqués et les circoncisions
injustifiées. [7]. Certaines études
montrent que cette prévalence serait augmentée par les pratiques de décalottage
forcé du prépuce des enfants mises en œuvre par des parents ou des médecins[8].
Lorsque le
phimosis de l'adolescent persiste chez l'adulte, il existe pour le corriger des
alternatives à la circoncision, qui ne requièrent pas de supprimer le prépuce.
Elles consistent à élargir son ouverture afin de faciliter sa rétraction
derrière le gland, au moyen de la chirurgie (plastie du prépuce) ou de
manipulations : expansion progressive des tissus formant l'anneau
prépucial lorsque soumis à un étirement modéré et prolongé ou répété.
Selon une
étude franco-sud-africaine exposée le 26 juillet 2005 à la troisième conférence sur les
mécanismes de l'infection par le virus du sida, les hommes circoncis auraient
une probabilité « jusqu'à 65% » moindre
de contracter le virus du SIDA". L'organisation
Mondiale de la Santé
et ONUSIDA observent une grande prudence sur l'interprétation de cette
corrélation [9]; [10], [11], du fait, notamment,
de l'incertitude de la prise en considération de l'hygiène des personnes
testées.
Plusieurs explications ont été avancées, mais demandent à recevoir des preuves
expérimentales (Bertrand Auvert, La
Recherche, n°392, décembre 2005, p. 23):
Certains
scientifiques soulignent cependant que des résultats accréditant cette thèses
risquent d'entraîner un relâchement des comportements. Selon Willy Rozenbaum,
président du Conseil national du sida "En Afrique, les populations où les
gens sont circoncis sont celles où le taux de contamination est le plus haut",
"ce n'est en aucun cas une protection contre le virus ou un moyen de
prévention. Rien ne remplace le préservatif"[12].
La
circoncision pourrait aussi avoir des conséquences bénéfiques en matière de
cancer du pénis. Les statistiques révèlent que les hommes circoncis sont moins
touchés par ce type de cancer. Néanmoins, en 1998,
l'American Cancer Society déclare que si la
probabilité pour les hommes circoncis d'êtres touchés par cette forme de cancer
était faible c'était avant tout parce que la circoncision était pratiquée par
une des catégories de la population les moins à risque [13].
En 2005, une société spécialisée mène une nouvelle étude et réaffirme que les
circoncis sont moins touchés et que la circoncision est une méthode de
prévention efficace [14]. Cette étude à fait
l'objet de critique de la part d'autres spécialistes, qui estiment que d'autres
facteurs doivent être pris en compte (population pratiquant et ne pratiquant
pas la circoncision auraient un taux de risque différent même si on met de côté
la circoncision) [15].
En Occident,
la circoncision néonatale prend de l'ampleur dans l'Angleterre victorienne, à
la fin du XIXe siècle. L’idée que le prépuce, en
lubrifiant le gland, favorisait la masturbation, était alors redoutée dans les
familles. La circoncision devint donc un moyen d’assurer au jeune garçon
« une meilleure hygiène physique et mentale »réf. nécessaire.
Cette pratique de la circoncision
s’étend très vite aux autres pays anglo-saxons, notamment aux États-Unis et au Canada anglophone. Mais on y abandonne
l’idée très controversée de lutte contre la masturbation au profit de notions
hygiéniques : puisque le prépuce ne sert à rien, sinon à favoriser le
développement de microbes, d’infections urinaires, et la formation d’un
éventuel phimosis, autant le couper dès la naissance. La circoncision est alors
présentée comme un acte médical prophylactique.
Dans les années 1970, aux États-Unis, près de 80%
des nouveaux-nés mâles sont circoncis. Ce chiffre est, depuis, en baisse :
55% en 2001.
Il est
extrêmement difficile d’obtenir des chiffres précis sur les incidences de la circoncision
en matière de santé publique. Une étude statistique réalisée aux États-Unis[16] menée sur la période
1940-1990 donne les chiffres suivants :
Il a été
estimé, dans les années 1950, que chaque année, en
Grande-Bretagne, environ 15 enfants mouraient à la suite d'une circoncision, ce
qui a probablement contribué à la diminution progressive de la pratique
routinière dans ce pays.
Entre la
probabilité de contracter, au cours de la vie, les affections pour lesquelles
la circoncision pouvait apporter un bénéfice préventif, et les inconvénients et
risques qu'elle présente, la balance est telle, qu'aucune des principales
organisations médicales officielles à travers le monde ne recommande plus,
aujourd'hui, l'application routinière de la circoncision néonatale.
Selon l'arrêt de la cour d'appel
d'Aix-en-Provence du 23 avril 1990, confirmé par l'arrêt du 30 mai 1991 de la
chambre criminelle de la Cour
de Cassation, dans les cas autorisés par la loi, le chirurgien qui pratique
une intervention chirurgicale dans l'exercice normal de sa profession jouit d'une
immunité légale, dans la mesure où son intervention est justifiée par un
intérêt thérapeutique. De façon plus générale, les faits sont justifiés
lorsqu'ils répondent à certaines pratiques professionnelles rentrées dans
l'usage. La circoncision en fait partie, dès lors qu'elle est effectuée selon
les conditions chirurgicales réglementaires. L'autorisation doit émaner des
deux parents et un seul ne peut accomplir cet acte de disposition.
Ces décisions de la cours de
cassation fixent la portée de la loi. En effet, la circoncision pourrait tomber
sous le coup de la loi pénale. Selon l'article 222-9 du code pénal:
" Les violences ayant entraîné une mutilation ou une infirmité
permanente sont punies de dix ans d'emprisonnement et de 150000 euros d'amende.
".
Des rapprochement avec l'excision ont
pû être fait. D’après Isabelle Corpart Maître de conférences en droit privé à
l'Université de Haute Alsace dans son « Étude sur la circoncision du
26/10/2004 » [17]
« En la
matière, un parallèle peut être mené avec l'excision, condamnée pénalement pour
mutilation ou barbarie (CP, art. 222- 9) ; la même question se pose pour
la stérilisation et en particulier la ligature des trompes. En effet, si le
droit français reconnaît à chacun le droit de choisir librement sa religion, il
n'autorise pas la libre pratique de mutilations sous couvert de conceptions
religieuses. Un rapprochement doit être fait entre la circoncision et
l'excision car, dans les deux cas, il s'agit d'interventions non justifiées par
un intérêt médical et préjudiciable à l'intégrité physique de l'enfant. Dès
lors, ces atteintes devraient être jugées contraires à l'article 16-3 du Code
civil. Ordonnées en dehors de tout impératif médical, elles devraient être
prohibées (pour la ligature des trompes de Fallope, V Cass. avis 6 juillet
1998) ».
« La
circoncision sur indication médicale est justifiée par la permission de la loi,
comme toute atteinte exceptionnelle au corps humain. Le droit a toutefois à
connaître des suites dommageables d'une telle intervention. Quant à la
circoncision rituelle, sans être autorisée expressément, elle n'est pas non
plus interdite. En principe, elle ne comporte pas de risque pour la santé de
l'enfant. Le plus souvent couverte par le secret des familles, elle est révélée
au grand jour en cas de désaccord entre les père et mère quant à l'éducation ou
la religion de l'enfant, ou encore lorsque l'opération cause exceptionnellement
un dommage irréversible à l'intéressé. Les difficultés que pose cette
intervention chirurgicale sont tantôt liées à la place de chacun des parents
auprès de l'enfant, tantôt à la mise en jeu des responsabilités encourues en
cas d'insuccès de l'opération.»
La Suède, par une loi entrée en
vigueur le 1er octobre 2001, autorise la circoncision avec les
restrictions suivantes :
Un garçon de moins de deux mois peut
être circoncis par un non médecin, pourvu qu'il ait obtenu une autorisation du
Service de Santé. - Aucun enfant ne pourra être circoncis sans une analgésie
délivrée par un médecin ou une infirmière en exercice.
Il est à noter que cette loi a été adoptée par le Parlement avec une
majorité de 249 voix pour, 20 abstentions, et en l'absence de 70 députés.
Aucune voix ne s'est élevée contre le projet, et 10 députés auraient souhaité
une loi plus restrictive.
La communauté juive de Stockholm désapprouve [18].
Certains
hommes circoncis au cours de leur enfance ont pu reprocher à leurs parents de
leur avoir fait subir une opération non souhaitée et souvent ressentie comme
une mutilation. Ces reproches, révélateurs d'une souffrance auparavant presque
toujours « intériorisée », sont de plus en plus étalés au grand jour
et aux États-Unis, des circoncis n’hésitent plus à porter plainte contre le
chirurgien qui a pratiqué l’opération ou contre leurs propres parents.
Ces
conséquences s'évaluent différemment selon l'âge auquel est effectuée la
circoncision (il est difficile d'étudier les cas de circoncision sur des
nourrissons) et a des effets différents selon les âges. Il faut aussi
distinguer le traumatisme que peut occasionner l'opération elle-même, du
mal-être que peut entraîner l'état d'être circoncis.
Certains
psychanalystes, comme Sigmund Freud, estiment que la
circoncision pourrait avoir des conséquences graves sur l'état psychologique de
certains individus. Surtout si l'opération a lieu lorsque l'enfant a atteint la
période œdipienne ou phallique (pendant laquelle apparaît le complexe de
castration). Le psychologue Otto Fenichel estimait, pour sa part,
que, au-delà des répercussions que la circoncision peut avoir sur la libido,
elle faciliterait le développement des tendances homosexuellesréf. nécessaire. Selon eux,
l'atteinte réelle sur le pénis lors de la phase œdipienne perturberait
l'identification sexuelle (par validation du complexe de castration que
représente la circoncision dans l'esprit du garçon).
Une étude reportée par Gocke Cansever dans le British
Journal Of Medical Psychology en décembre 1965 semble valider ces thèses.
Cette étude[19], effectuée sur douze
garçons turcs âgés de 4 à 7 ans de milieux sociaux différents, a consisté en
l'application de mêmes tests (dont le test de Rorschach, des questionnaires, un
test de dessin...) avant et après leur circoncision. Ces tests ont révélé chez
les garçons une perte d'estime de soi, des tendances régressives, une
appréhension différente du danger, l'augmentation de sentiments agressifs
envers eux mêmes et la figure de la mère, ainsi que des problèmes
d'identification sexuelle pour cinq d'entre eux.
Il est à
noter que selon S. Freud la circoncision était pour les peuples anciens
l'evolution directe et plus humaine de la castration chez tout ces peuples. En
effet le "Père primitif" protègeait son "harem" par la
castration des "fils" qui ne quittaient pas la "horde
primitive".
Le mouvement
pour l'intégrité génitale, parfois désigné par le terme
"intactiviste", qui se développe surtout aux États-Unis, considère
que puisque l'ablation du prépuce induit une perte de fonctions sexuelles, elle
nuit au bien-être de l'homme et il fait valoir que la circoncision génère une
souffrance physique et morale réelles chez certaines personnes. Il estime donc
que le prépuce n'est pas « un bout de peau
superflu » dans l'anatomie masculine et que la circoncision
constitue une mutilation de tissus sexuels sains et fonctionnels, une véritable
violation du droit à l’intégrité corporelle, lorsqu’elle est pratiquée sur des
êtres humains non adultes, correctement informés et consentants.
Ils
envoyèrent une proposition de loi afin d'interdire la circoncision des mineurs
auprès du Congrès des États-Unis qui ne reçut l'aval
d'aucun sénateur, mais leur lobbying a contribué à la suppression du
remboursement des circoncisions néonatales dans certains États, notamment sur
la côte ouest, ainsi qu'au Canada. Selon les défenseurs de
l'intégrité génitale, la circoncision ne serait justifiable médicalement que
s'il n'existait pas de solutions alternatives, moins invasives et si la vie du
patient était en jeu, comme n'importe quelle autre amputation[20].
Plusieurs associations
et sites proposent aux hommes circoncis (adultes) mécontents de cet état, de restaurer leur prépuce par des techniques
manuelles ou faisant intervenir des dispositifs divers. Les méthodes
non-chirurgicales suivent un principe d'expansion des tissus par traction
constante (mais légère) de la peau de la verge permettant à terme (de 2 à 3
ans) de créer assez de tissu cellulaire pour recréer un prépuce. Depuis
quelques années, des techniques chirurgicales de reconstruction se développant
aux États-Unis proposent également de rétablir, autant que faire se peut,
l'aspect naturel du pénis et les fonctions originelles du prépuce.
- Stéphane Zagdanski, De
l'antisémitisme, "Climats", Flammarion, 2006 : "La
circoncision", p. 127-138.
- Sattouf, Riad. Ma circoncision, Bréal,
2004, collection Bréal Jeunesse. ISBN 2-7495-0259-4. Livre
illustré, destiné à la jeunesse (mais pas aux enfants trop jeunes a
priori) qui fit scandale à sa sortie et qui raconte la cruauté et l'absurdité
de la circoncision telles que l'a vécue l'auteur dans le contexte
socio-politique de la Syrie des années 1980.
- Malek Chebel. Histoire de la
circoncision, Perrin.
- Sami Aldeeb Abu-Sahlieh, Circoncision. Le complot
du silence, éd. L'Harmattan, 2003, ISBN 2747541797. Cet ouvrage, hostile
à la circoncision, présente le débat religieux, médical, social et
juridique chez les juifs, les chrétiens et les musulmans autour de la
circoncision masculine et féminine.
1.
↑ Wrana, P. (1939). "Historical
review: Circumcision". Archives of Pediatrics 56:
385–392, cité par : Zoske, Joseph (Winter 1998). "Male Circumcision:
A Gender Perspective". Journal of Men’s Studies 6 (2): 189–208.
2. ↑ cela est délicat en ce qui
concerne la verge, si ce n'est de supposer que les gens soient nus
3. ↑ Chapitre 3, 4e partie "Al-amr
bi al-Ma‘ruf", in "Islam" de John A. Williams, 1962
4.
↑ THE
SEPARATION OF THE PREPUCE IN THE HUMAN PENIS, Glenn A. Deibert,
The Daniel Baugh Institute of Anatomy, Jefferson Medical College
5. ↑ Touche pas à mon prépuce !!!, Marc
Zaffran, médecin généraliste]
6.
↑ TREATMENT
OF PHIMOSIS WITH TOPICAL STEROIDS AND FORESKIN ANATOMY, TATIANA C. MARQUES, FRANCISCO J.B.
SAMPAIO, LUCIANO A. FAVORITO, Urogenital Research Unit, State University of Rio de Janeiro, Rio de Janeiro, RJ, Brazil
7.
↑ Circumcision
Policy Statement, PEDIATRICS Vol. 103
No. 3 March 1999, pp. 686-693
8. ↑ NE TOUCHEZ PLUS AU PREPUCE DE L’ENFANT, Dr
Aldo Naouri, pédiatre (Paris)
9. ↑ Paul Benkimoun, « La circoncision pourrait réduire le
risque d'infection par le VIH », Le Monde, édition du 5 septembre
2005
10. ↑ « Randomized,
Controlled Intervention Trial of Male Circumcision for Reduction of HIV
Infection Risk: The ANRS 1265 Trial »
11. ↑ Auvert, Taljaard, Lagarde,
Sobngwi-Tambekou, Sitta, Puren, PLoS Medicine, Volume 2, Issue 11,
novembre 2005)
12. ↑ Metro, 15 décembre 2006
13. ↑ Misleading
Information : Dispelling Miscommunications, American Cancer Society, 05
mai 1998
14. ↑ What Are
the Risk Factors for Penile Cancer?, American Cancer Society, 31 mai 2006
15. ↑ Can
Penile Cancer Be Prevented?, American
Cancer Society, 31 mai 2006
16. ↑ Statistiques présentées par un site militant pour
l'abolition de la circoncision
17. ↑ La Circoncision, Isabelle CORPART, Maître
de conférences en droit privé à l'Université de Haute Alsace
18. ↑ Communiqué du Conseil de la Communauté Juive de Stockholm,
traduction 22 juillet 2001
19. ↑ Psychological
Effects of Circumcision, Gocke Cansever, BRITISH
JOURNAL OF MEDICAL PSYCHOLOGY, Volume 38: Pages 321-31, December 1965
20. ↑ Genital Inegrity, Neil Peterson, juin
2004, studentsforgenitalintegrity.org